En janvier 2026, le Canada et la Chine ont annoncé un nouvel accord commercial qui lèvera plusieurs droits de douane chinois sur les exportations canadiennes ainsi que les droits de douane canadiens sur les voitures électriques chinoises. Entré en vigueur le 1er mars 2026 cet accord allège considérablement la pression sur les exportations canadiennes de canola, de légumineuses et de fruits de mer.
Bien que cet accord soit un soulagement bienvenu pour les industries concernées, celles-ci ont déjà subi plusieurs dommages dans les derniers temps. Les exportations de canola de la Saskatchewan vers la Chine ont chuté de près de 70 % entre mars et octobre 2025 par rapport à l’année dernière. Les prix des légumineuses se sont effondrés pour les producteurs canadiens, l’Inde ayant également imposé des droits de douane sur les importations de pois jaunes. Pour les communautés qui dépendent de ces exportations, l’année écoulée a été difficile.
L’accord entre le Canada et la Chine n’est pas sans susciter la controverse. D’après les détails publiés par le gouvernement, tous les produits soumis à des droits de douane ne bénéficieront pas d’un allègement. La viande de porc, par exemple, qui représentait environ 5 % des exportations agroalimentaires canadiennes vers la Chine en 2024, restera soumise à des droits de douane de 25 %. Le gouvernement canadien a également essuyé des critiques pour avoir réduit les droits de douane sur les véhicules électriques chinois. Le secteur automobile, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et le gouvernement américain ont tous remis en question cette décision. Mais pour plusieurs des communautés les plus touchées par les droits de douane chinois, cet accord constitue une avancée majeure.
Quel sera l’impact de cet accord au niveau local ? En nous appuyant sur nos travaux antérieurs visant à mesurer l’exposition de la main-d’œuvre locale aux perturbations commerciales, nous illustrons les implications potentielles de l’accord avec la Chine pour les communautés canadiennes dans plusieurs tableaux de bord ci-dessous.
Notre premier tableau de bord suit les exportations mensuelles vers la Chine. La ligne bleu-vert représente la plupart des produits visés par les droits de douane (par exemple, le canola, les légumineuses et les fruits de mer), tandis que la ligne grise suit tout le reste.
Tableau de bord 1. Échanges commerciaux de produits soumis à des droits de douane et de produits non soumis à des droits de douane avec la Chine entre janvier 2024 et octobre 2025
Source : Calculs de l’IRPP basés sur la base de données sur le commerce international de marchandise d’ISDE.
Note : « Main tariffed products » représente la plupart des marchandises visés par les droits de douane chinois. « Other products » sont principalement des produits non soumis à des droits de douane, bien que certains produits soumis à des droits de douane puissent être inclus en raison de contraintes liées à la classification.
Le commerce total avec la Chine est en hausse, tiré par la forte augmentation des exportations d’énergie et de minéraux suite à l’ouverture du projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain (TMX). Mais ce chiffre global masque une divergence frappante.
En octobre 2025, les exportations de produits soumis à des droits de douane vers la Chine s’étaient effondrées, passant de 807 millions de dollars l’année précédente à 123 millions de dollars. La part des importations chinoises de produits canadiens soumis à des droits de douane est passée d’environ 32 % à moins de 7 %. Les exportations canadiennes totales de ces produits, toutes catégories confondues, ont baissé d’environ 19 % au cours de la même période. Les producteurs ont trouvé d’autres acheteurs, mais ils ne suffisent pas pour compenser entièrement la perte subie sur le marché chinois.
Cette volatilité commerciale peut avoir des effets profonds sur l’emploi dans les communautés locales. Dans le cadre du projet Transformations communautaires de l’IRPP, nous mesurons cette exposition en prenant le nombre de travailleurs dans les secteurs touchés et en les pondérant : d’abord en fonction du degré de dépendance de chaque secteur vis-à-vis des exportations vers la Chine, puis séparément, en fonction des taux de droits de douane en vigueur.
Le premier calcul nous donne l’exposition aux exportations (tableau de bord 2) : une mesure en équivalents-travailleurs du nombre d’emplois liés au marché chinois. Le second nous donne l’exposition aux droits de douane (tableau de bord 3) : une mesure en équivalents-travailleurs du nombre d’emplois soumis à la pression de politiques tarifaires spécifiques. Ensemble, ils reflètent différentes dimensions de l’exposition des communautés : l’une structurelle, l’autre liée aux politiques.
Ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme des prévisions de pertes d’emplois, car il est peu probable que l’emploi diminue proportionnellement aux parts d’exportation et aux taux de droits de douane. Cependant, comme la même méthodologie est appliquée de manière uniforme à l’échelle nationale, les différences relatives entre les communautés sont importantes.
Les communautés qui obtiennent un score plus élevé en matière d’exposition aux exportations ont une plus grande dépendance structurelle vis-à-vis du marché chinois, une vulnérabilité qui persiste indépendamment de la politique tarifaire actuelle. Les communautés qui obtiennent un score plus élevé en matière d’exposition aux droits de douane sont confrontées à une pression plus immédiate sur la main-d’œuvre due aux droits de douane actuellement en vigueur.
Dans les deux cas, les scores les plus élevés indiquent les endroits les plus exposés aux perturbations et ceux qui nécessitent le plus d’attention.
Notre deuxième tableau de bord cartographie l’exposition aux exportations : quelles communautés dépendent du marché chinois, indépendamment des droits de douane.
Cette approche est similaire à celle de nos travaux antérieurs mesurant l’exposition aux exportations américaines. Ces travaux cartographiaient la dépendance vis-à-vis du marché américain au niveau des divisions de recensement afin de tenir compte du fait que les droits de douane peuvent évoluer rapidement, comme la dernière année en a fait la preuve.
Tableau de bord 2. Exposition des communautés aux exportations vers la Chine
Source : Calculs de l’IRPP à partir du recensement de 2021 de Statistique Canada, et les données sur le commerce par produit et par industrie d’ISDE.
Note : L’exposition aux exportations est calculée au niveau des divisions de recensement à partir des données sur l’emploi issues du Recensement de 2021 et des données commerciales provinciales et territoriales (2024), exprimées en équivalents-travailleurs et en pourcentage de la population active locale. Comme les données du recensement regroupent tous les emplois agricoles, nous utilisons les totaux provinciaux du Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (2021) et le nombre d’exploitations agricoles issu du Recensement de l’agriculture (2021) pour estimer l’emploi dans des secteurs spécifiques au niveau des divisions de recensement. Pour cette raison, l’emploi dans l’agriculture et l’exposition qui y est associée doivent être considérés avec prudence.
À l’échelle nationale, l’exposition aux exportations vers le marché chinois touche moins de 0,5 % de la main-d’œuvre canadienne. Mais la concentration varie considérablement dans certaines régions.
À Shelburne, en Nouvelle-Écosse, plus de 11 % de la main-d’œuvre locale est liée à des industries dépendantes de la Chine, principalement le secteur des produits de la mer. En Colombie-Britannique, plusieurs communautés rurales dépendantes de la foresterie et des produits de la mer affichent des taux d’exposition aux exportations de 3 à 5 %. Dans certaines parties du Manitoba et de la Saskatchewan, ce chiffre dépasse 5 %, sous l’effet de la culture céréalière.
Notre profil de la communauté de Neepawa offre un exemple de communauté dépendante de l’industrie de la transformation de la viande de porc.
Notre troisième tableau de bord cartographie l’exposition aux droits de douane, qui varie en fonction du scénario tarifaire en vigueur.
Tableau de bord 3. Exposition communautaires aux droits de douane chinois visant des produits canadiens
Source : Calculs de l’IRPP à partir du recensement de 2021 de Statistique Canada, les données sur le commerce par produit et par industrie d’ISDE, et des calendriers prévus de droits douanes.
Note : L’exposition aux exportations est calculée au niveau des divisions de recensement à partir des données sur l’emploi issues du Recensement de 2021 et des données commerciales provinciales et territoriales (2024), exprimées en équivalents-travailleurs et en pourcentage de la population active locale. Le passage d’un scénario à l’autre ne modifie que les taux tarifaires ; les données sous-jacentes relatives à l’emploi et au commerce restent inchangées. Comme les données du recensement regroupent tous les emplois agricoles, nous utilisons les totaux provinciaux du Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (2021) et le nombre d’exploitations agricoles issu du Recensement de l’agriculture (2021) pour estimer l’emploi dans des secteurs spécifiques au niveau des divisions de recensement. Pour cette raison, l’emploi dans l’agriculture et l’exposition qui y est associée doivent être considérés avec prudence.
L’exposition aux droits de douane combine l’exposition aux exportations présentée dans le tableau de bord 2 avec les droits de douane en vigueur pour chaque scénario. Ce calcul nécessite d’identifier les produits ciblés (codes du système harmonisé [SH]), de les associer à leurs secteurs d’activité (codes du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord [SCIAN]) et de calculer un taux tarifaire en vigueur qui tient compte de la composition des exportations de chaque secteur. (Voir la note technique pour la méthodologie complète.)
Note: les taux applicables avant l’accord tiennent compte des droits de douane supplémentaires imposés pendant le conflit commercial et ne prennent pas en compte les droits de base suivant la clause de la nation la plus favorisée (NPF). Les taux applicables après l’accord sont ceux décrits dans l’accord conjoint préliminaire et peuvent inclure des éléments NPF. Ces taux sont approximatifs et sont susceptibles d’évoluer au fur et à mesure de la mise en œuvre.
Sous le régime tarifaire antérieur à l’accord, l’exposition nationale aux droits de douane représentait l’équivalent d’environ 12 500 travailleurs. Les trois provinces des Prairies — la Saskatchewan, le Manitoba et l’Alberta — représentaient environ les trois quarts de ce total, ce qui reflète le rôle prépondérant que jouent le canola et le porc dans leurs économies. Après l’accord, ce chiffre tombe à environ 3 100 équivalents-travailleurs, soit une réduction de 75 %.
Une certaine exposition aux droits de douane subsiste. L’huile de canola et les produits porcins restent soumis à des droits de douane, ce qui entraîne une réduction relativement moindre de l’exposition aux droits de douane au Manitoba. Cette exposition laisse subsister des poches de vulnérabilité, en particulier dans les communautés dotées d’installations de transformation plutôt que de production primaire, comme Neepawa, au Manitoba, qui abrite l’une des plus grandes exploitations porcines du Canada.
La politique commerciale fait généralement l’objet de débats au niveau national, mais ses répercussions se font souvent sentir au niveau local. Pour des dizaines de collectivités de l’Ouest canadien, l’accord avec la Chine représente un soulagement important et un retour à une situation plus stable après une année difficile. Pour d’autres, qui dépendent de produits toujours soumis à des droits de douane, l’incertitude persiste.
Nos tableaux de bord peuvent aider à identifier les communautés qui bénéficieront d’un allègement et celles qui restent vulnérables. À mesure que l’accord entrera en vigueur et que de nouvelles données seront disponibles, nous mettrons à jour ces outils pour refléter l’évolution de la situation.
Quelques remarques sur les limites de nos calculs :
Les détails de l’accord pourraient encore changer, tout comme les tarifs douaniers au fur et à mesure de la mise en œuvre.
Cette annexe accompagne l’article « Suppression des droits de douane chinois : quelles conséquences pour les communautés canadiennes ? »
Nous estimons deux indicateurs au niveau des divisions de recensement (DR) :
Ces deux indicateurs sont exprimés en équivalents-travailleurs — un indice pondéré reflétant l’ampleur de la vulnérabilité potentielle, et non un décompte littéral des effectifs.
Somme des secteurs d’activité (code SCIAN à 4 chiffres) liés aux produits soumis à des droits de douane pour chaque division de recensement :
Exposition_aux_exportations = emplois_affectés_au_secteur × (exportations_vers_la_Chine / exportations_internationales)
Exposition_aux_droits_de_douane = emplois_affectés_au_secteur × (exportations_vers_la_Chine / exportations_internationales) × tarif douanier en vigueur
Le terme exportations_vers_la_Chine / exportations_internationales sert de déflateur : il ramène l’emploi à la part attribuable au commerce chinois, garantissant ainsi que nous ne comptons pas deux fois les travailleurs qui produisent pour plusieurs marchés.
Le recensement regroupe toutes les exploitations agricoles sous un seul code (SCIAN 1110). Nous les ventilons en secteurs à quatre chiffres (par exemple, 1111 Culture de plantes oléagineuses et de céréales) en utilisant :
emplois_dr[1111] = total_provincial_1111 × (exploitations_oléagineuses_dr / exploitations_oléagineuses_provinciales)
Les industries de soutien (par exemple, les récolteurs sous contrat) sont réparties proportionnellement aux secteurs primaires qu’elles desservent :

Les taux tarifaires ne sont pas publiés dans un format unique lisible par ordinateur. Nous avons compilé les taux au niveau SH6 à partir de :
Il existe une concordance officielle entre le SH et le SCIAN, mais celle-ci est de type « plusieurs-à-plusieurs » et non pondérée. Nous avons créé un tableau de correspondance simplifié, en attribuant à chaque code SH6 soumis à des droits de douane un seul code SCIAN principal, sur la base des descriptions des produits.
Pour chaque secteur :
taux_en_vigueur = Σ(taux_tarifaire × valeur_des_exportations) / Σ(valeur_des_exportations)
Où la somme porte sur tous les codes SH6 tarifés au sein du SCIAN. Calculé à l’échelle nationale, puis appliqué uniformément dans toutes les provinces.
À partir des données d’exportation de ISDE, nous calculons pour chaque province et chaque secteur :
part_de_la_Chine = exportations_vers_la_Chine / exportations_internationales
Cette part provinciale est appliquée à toutes les DR de chaque province. Il s’agit d’une limitation, mais les données commerciales au niveau des DR ne sont pas disponibles.
Remarque sur le choix du dénominateur : le déflateur utilise « exportations_internationales » (total des exportations vers tous les pays) plutôt que la production totale de l’industrie (par exemple, le PIB par industrie). Cela diffère de l’approche utilisée dans notre analyse des exportations américaines. Nous avons envisagé d’utiliser le PIB par secteur (tableau 36-10-0434-02 de Statistiques Canada) comme alternative, mais nous avons constaté que (1) il n’est disponible qu’au niveau national, ce qui empêche la répartition provinciale, et (2) les codes SCIAN ne correspondent pas au niveau à quatre chiffres pour les secteurs clés. L’utilisation de « exportations_ internationales » permet de conserver la granularité provinciale et une correspondance SCIAN cohérente dans tous les secteurs.
Un déflateur plus précis utiliserait uniquement la valeur des produits soumis à des droits de douane exportés vers la Chine plutôt que le total des exportations au niveau sectoriel. Cependant, les différences de classification des produits au niveau SH6 par rapport au niveau SCIAN rendent cette harmonisation difficile. Pour nos secteurs cibles, les produits soumis à des droits de douane dominent le commerce avec la Chine, de sorte que l’impact pratique de cette approximation est mineur.
Le tableau de bord utilise les données commerciales mensuelles au niveau SH6 filtrées selon les codes des produits soumis à des droits de douane. Aucun lien avec l’emploi — ce tableau de bord présente uniquement les flux commerciaux.

Ancienneté des données. Les données sur l’emploi proviennent du recensement de 2021 — il s’agit des données les plus récentes disponibles, mais elles ne sont pas à jour.
Granularité géographique. Les parts de marché provinciales sont appliquées de manière uniforme à toutes les DR de chaque province.
Correspondance entre le SH et le SCIAN. Notre tableau de correspondance est établi manuellement. La concordance officielle ne se prête pas à une utilisation directe.
Déflateur au niveau du SCIAN. Le déflateur utilise les totaux commerciaux au niveau du SCIAN plutôt que les produits soumis à des droits de douane au niveau du SH en particulier. Ce choix est délibéré : ISDE classe les produits différemment de ce que donnerait une agrégation directe au niveau du SH. Cela signifie que notre déflateur inclut toutes les exportations chinoises pour un secteur donné, et pas seulement les produits soumis à des droits de douane. Pour les secteurs sur lesquels nous nous concentrons, les produits soumis à des droits de douane dominent le commerce avec la Chine, l’impact est donc faible.
Incertitude tarifaire. Les taux de droits de douane post-accord peuvent évoluer au fur et à mesure de la mise en œuvre.