Montréal – L’Inde devrait figurer parmi les marchés prioritaires du Canada, mais les relations entre les deux pays restent largement sous-développées. Un accord commercial global permettrait de renforcer leurs liens économiques, mais il serait difficile à négocier puisque les domaines d’échange les plus prometteurs sont aussi les plus sensibles politiquement, selon une nouvelle étude de l’IRPP.
Les liens économiques entre l’Inde et le Canada ont progressé rapidement depuis quelques décennies, mais ils demeurent nettement insuffisants, estiment Someshwar Rao et Stephen Tapp, qui désignent plusieurs éléments révélateurs d’un potentiel grandement inexploité. Les deux pays pourraient ainsi mettre à profit la solidité de leurs liens sociaux, fondés sur l’importante diaspora indienne du Canada, une même langue des affaires ainsi que la similitude de leurs systèmes juridiques et de leurs institutions politiques démocratiques.
Les auteurs soulignent toutefois que certaines forces de l’Inde pourraient se transformer en faiblesses si elles sont mal gérées : « Les perspectives de croissance de l’Inde comptent parmi les plus favorables du monde, mais le pays devra progresser sur plusieurs fronts pour les concrétiser : développement des infrastructures, lutte contre la corruption, efficacité de l’appareil gouvernemental, participation des femmes au marché du travail, amélioration du système d’éducation et des soins de santé. »
La conclusion d’un accord de partenariat économique global (APEG) favoriserait cependant le renforcement des échanges, affirment les auteurs. Au Canada, c’est le secteur des ressources naturelles et les fournisseurs de services de grande valeur, notamment en finance et en éducation, qui profiteraient surtout d’un tel accord. Quant aux entreprises et aux consommateurs des deux pays, ils auraient accès à une plus grande variété de produits et à des prix plus abordables. Mais les Canadiens rencontreraient sans doute des difficultés d’adaptation du côté des services aux entreprises et des industries manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre faiblement rémunérée.
S’il se révèle impossible de conclure une entente globale, un accord commercial moins ambitieux pourrait prévoir l’accueil temporaire de travailleurs indiens qualifiés (sous réserve d’un certain maximum) en échange d’un meilleur accès des fournisseurs de services et des investisseurs canadiens au marché indien. Même en l’absence de tout accord, précisent les auteurs, on pourrait miser davantage sur les réseaux personnels et d’affaires existants.
Quoi qu’il en soit, les relations indo-canadiennes doivent être envisagées comme une priorité à long terme. D’où la nécessité de fixer des attentes raisonnables face aux progrès réalisables à plus brève échéance. « Les avantages potentiels sont suffisamment importants pour ne pas être négligés, concluent les auteurs, mais le Canada doit éviter de les surestimer. »
On peut télécharger l’étude The Potential to Grow Canada-India Economic Linkages: Overlooked or Oversold?, de Someshwar Rao et Stephen Tapp, sur le site Web de l’Institut (irpp.org/fr).
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