Les salariés à faible revenu profiteront très peu de la réforme du RPC

14 juin 2017
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Montréal – Annoncée en grande pompe par les ministres des Finances du Canada en 2016, la réforme du Régime de pensions du Canada (RPC) n’améliorera guère les perspectives de retraite des salariés à faible revenu, selon une nouvelle étude de l’Institut de recherche en politiques publiques. De plus, elle fait l’impasse sur les répercussions des changements démographiques et de l’évolution du marché du travail sur le système de revenu de retraite.

Depuis son arrivée au pouvoir à l’automne 2015, le gouvernement libéral a apporté d’importantes modifications à ce système. Il a ainsi rétabli à 65 ans l’âge d’admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse (SV) et du Supplément de revenu garanti (SRG), relevé le plafond des prestations du SRG pour les personnes âgées seules, et convenu avec les provinces d’accroître les prestations du RPC dès 2019. Mais si chacune de ces modifications semble bienvenue, leur coordination et leur interaction avec le régime fiscal soulèvent de réels problèmes, observent les auteurs de l’étude, Bob Baldwin et Richard Shillington.

Ils montrent notamment que « la hausse des prestations du RPC aura peu d’intérêt pour les salariés à faible revenu, puisqu’elle sera récupérée pour l’essentiel par le biais de l’impôt sur le revenu et la réduction d’autres prestations sociales établies en fonction du revenu ». D’où la nécessité d’une révision globale des chevauchements d’impôts et des taux de récupération fiscale, qui « amoindrissent l’intérêt d’épargner en vue de la retraite pour les salariés à faible revenu et l’intérêt de rester sur le marché du travail pour les salariés âgés ».

De fait, notent les auteurs, la réforme ne tient pas compte des effets du vieillissement de la population sur le système de revenu de retraite. La faible croissance de la population active, par exemple, devrait faire augmenter les salaires réels moyens. Si bien que pour les salariés à faible revenu, la valeur accrue de remplacement du revenu du RPC risque d’être largement neutralisée par la moindre valeur de remplacement de la SV par rapport aux salaires.

Les auteurs doutent aussi que l’âge doive rester le principal critère d’admissibilité au RPC, à la SV et au SRG étant donné l’allongement de l’espérance de vie, les départs à la retraite de plus en plus tardifs et l’âge plus avancé auquel les jeunes intègrent le marché du travail.

« Cette vague de modifications laisse beaucoup de question en suspens, concluent-ils. Face à la complexité des interactions en cause et à l’ampleur des défis à relever, il faut une approche plus globale et plus prospective pour mener à bien une réforme des pensions vraiment efficace. »

On peut télécharger l’étude Unfinished Business: Pension Reform in Canada, de Bob Baldwin et Richard Shillington, sur le site de l’Institut (irpp.org/fr).

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Renseignements :    Shirley Cardenas    tél. : 514 594-6877    scardenas@nullirpp.org